Un fargeat du sud

Chaque année, un bulletin du village est publié et laisse place à la plume de qui veut s’exprimer. Souvent, ce sont les membres des associations, le maire et quelques mêmes personnes qui l’alimentent en parlant de ce que la commune a vécu au cours de l’année. Mais le COVID a mis un frein à la vie du village, et les sujets ont été plus variés, plus libres. C’est ainsi que je me suis retrouvé à devoir composer ceci :

N’ayant pas de sujet réellement choisi
Tandis qu’à un brasseur nous faisions bel honneur,
Sébastien entre deux gorgées m’a alors dit :
« Cette fois-ci je te fais une belle fleur,
Sur une page entière je te donne la main,
Parle-nous, Benjamin, du sujet de ton choix. »

Ade, tel un poulpe aimant voir souffrir sa proie,
Me mit au défi d’écrire en alexandrins.
« Rimes continues, plates, croisées ou mêlées,
Chacun de tes vers devra faire douze pieds. »

Et si vous ne comptez pas toujours douze pieds,
Pensez à la façon dont ils sont prononcés.
Pour moi qui prononce chacune des lettres,
Dites-vous qu’un « e » a toujours raison d’être.

C’est alors que j’ai dû commencer à creuser
Pour dénicher quelque chose à vous raconter.
Pourquoi pas l’histoire d’un p’tit gars du sud-ouest
Arrivé par un bel après-midi de juin
Dans ce qui pour lui, simple jeune Lauzertin
Paraissait étranger, lointain : le grand Nord-Est.

Fraîchement arrivé en ville de Mâcon,
Ignorant tout de la vie et des traditions,
De mon immeuble je suis descendu m’asseoir
Simplement sur un des tabourets au comptoir
Avec pour intention de pouvoir discuter.
Les regards qui sur moi furent alors posés
M’ont fait comprendre que ça n’allait pas passer.

Ont suivi les difficultés linguistiques.
Il est vrai qu’avec un accent aussi chantant
Et un débit de parole aussi important,
J’étais loin de vos habitudes acoustiques.
Si bien qu’un jour pendant un oral scolaire,
Un prof’ m’a soufflé d’arrêter de faire le con
Ou de me sanctionner pour me faire taire.
Il n’y avait pourtant aucune solution.
Mon accent fait partie de mon identité
Et mon épouse est une interprète douée.

Parmi les différences entre ces deux régions
Une des grandes surprises fut les fourgons,
Qui lorsqu’ils sont stationnés au bord des routes
Contrairement aux pratiques de ma région,
Ne sont certainement pas ceux d’agriculteurs
Mais de personnes sûrement en plein labeur.
Je l’ai appris à mes dépends un beau matin
Quand je vis cette dame en panne en chemin.
Serviable, j’ai voulu m’arrêter pour aider.
Voyant que la voiture allait à merveille,
J’ai réalisé quelque chose de peu banal :
Ici, ça ne se fait pas au bord du canal.
Je suis alors reparti sans plus de zèle.

Prenons aussi un temps pour parler du « Y »
Que vous utilisez comme bon remplaçant
Du complément d’objet direct ou indirect.
Adopté par mes filles bien évidemment,
Voici encore une de nos différences
Qui me cause chaque jour bien des souffrances.
Et ne parlons pas de vos pains au chocolat
Qui sont en vérité des chocolatines.
Mais bien entendu je ne vous en voudrai pas
De persister dans cette guerre enfantine,
Bien qu’au fond vous sachiez que nous avons raison.

Bien entendu, j’ai beau sourire et me moquer,
De tous les coins de France où j’aurais pu aller
Fargeates, Fargeats, je veux que vous le sachiez
Je suis ravi d’être dans ce village où,
Peu importe vos origines ou votre âge
En nous réservant cet accueil très chaleureux
Vous nous avez permis de nous sentir chez nous
Et ce n’est pas ici qu’une simple image…

On aurait dû…

Aujourd’hui, on aurait dû fêter tes 34 ans. Aujourd’hui on aurait dû se retrouver, parce que j’imagine que c’est une habitude qu’on aurait gardée, de fêter ton anniversaire.

Aujourd’hui, ton anniversaire aurait peut-être eu une saveur particulière. La saveur d’un certain partage et d’un nouveau départ, la saveur de deux vies qui ont bien évolué depuis tout ce temps, la saveur de deux amis qui trinquent à cette amitié, et à une belle suite qui nous attend.

Aujourd’hui j’en suis certain, tu es la seule à qui je n’aurais pas pu en cacher autant pendant toutes ces années et qui m’aurait empêché d’en arriver là. Je sais que tu m’aurais démasqué, et poussé à me secouer, et plus vite que ça. Oh tu en passais du temps à rigoler à toutes nos conneries, et surtout aux tiennes. Mais tu savais aussi remettre les pendules à l’heure comme on dit. Une amitié vraie, une amitié rare, un amitié précieuse. Toi, parce que tu étais qui tu étais, tu aurais vu, tu aurais su. Toi, si tu avais été là, je t’aurais peut-être confié plus de choses que ce que j’ai pu confier aux autres, comme tu m’en as aussi beaucoup confiées à une époque. Et pourtant, c’est parti de rien tout ça. Comme souvent.

Je pense souvent à toi, et à tout ce condensé de moments joyeux, vrais, sincères et uniques que tu m’as permis de vivre…

Aujourd’hui, c’est ton anniversaire, et parce que la vie en a décidé autrement il y a un peu plus de dix ans déjà (et je ne veux toujours pas le croire), il a une saveur très spéciale.

Aujourd’hui, encore plus que les autres années tu me manques. Égoïstement. J’aurais eu besoin de toi. J’ai besoin de toi…